Grand Sud de Madagascar : ACF alerte sur une crise alimentaire qui pourrait durer jusqu’en 2028, à cause d’El Niño
Déjà fragilisées par la sécheresse et les mauvaises récoltes, plus de 2,5 millions de personnes dans le Grand Sud de Madagascar sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë. Action contre la Faim redoute une aggravation de la situation sous l’effet d’El Niño, dont les conséquences pourraient se prolonger jusqu’en 2028, et réclame des financements supplémentaires pour anticiper les besoins.
Une situation alimentaire qui se dégrade
La crise alimentaire s’installe dans la durée dans le Grand Sud de Madagascar. La sécheresse persistante et l’effondrement de la campagne agricole 2025-2026 ont fortement réduit les réserves des ménages, les obligeant à entrer plus tôt dans la période de soudure, qui sépare deux récoltes. Selon les projections du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), la situation pourrait s’aggraver à partir d’octobre 2026. Six districts du Grand Sud risquent d’atteindre la phase 4 de l’IPC, correspondant à une situation d’urgence alimentaire. Plus de 500 000 enfants de moins de cinq ans pourraient souffrir de malnutrition aiguë d’ici avril 2027, selon les estimations rapportées par Action contre la Faim (ACF).
« On s’attend à traverser la pire crise depuis la période de “kéré” de 2021 », alerte Grégoire Brou, directeur pays d’ACF à Madagascar.
Des effets climatiques redoutés jusqu’en 2028
Les prévisions liées au phénomène El Niño assombrissent davantage les perspectives. L’intensification attendue de cet épisode climatique fait craindre un déficit important de précipitations et une hausse des températures dans les prochains mois. Ces conditions pourraient compromettre les prochaines récoltes, réduire les revenus agricoles et compliquer l’accès à l’eau potable.
Selon les prévisions citées par l’organisation humanitaire, les effets d’El Niño pourraient se prolonger jusqu’en 2028. Plusieurs campagnes agricoles successives pourraient ainsi être affectées, empêchant les ménages de reconstituer leurs réserves et de retrouver des moyens de subsistance suffisants. La période de soudure de fin 2027 suscite, notamment, des inquiétudes. ACF redoute qu’elle ne commence plus tôt et ne soit plus sévère, avec un risque de poches de populations en phase 5 de l’IPC, le niveau le plus grave de l’insécurité alimentaire.
20 000 personnes ciblées par des actions anticipatoires
Pour limiter les conséquences de cette dégradation annoncée, ACF a activé plusieurs mécanismes de financement anticipatoire, avec le soutien de la Direction générale de la protection civile et des opérations d'aide humanitaire de la Commission européenne (ECHO), l’Initiative française pour la Sécurité alimentaire et la Nutrition (IFSAN) et de Start Ready. Ces dispositifs doivent permettre d’assister près de 20 000 personnes parmi les ménages les plus vulnérables, notamment les femmes enceintes ou allaitantes et les enfants de moins de cinq ans. L’objectif est d’aider les familles à mieux préparer la prochaine période de soudure, notamment en constituant des réserves alimentaires et en réduisant leur vulnérabilité aux chocs climatiques.
ACF appelle les bailleurs et ses partenaires à débloquer rapidement des financements anticipés, flexibles et proportionnés aux besoins. Elle s’inquiète notamment de la baisse générale des financements de la solidarité internationale, alors que les besoins humanitaires pourraient encore augmenter. D’après le Plan de réponse humanitaire cité par l’organisation, seuls 72 % des besoins sont couverts. Ainsi, une mobilisation rapide des ressources est indispensable pour maintenir les interventions nutritionnelles et prévenir une nouvelle dégradation des conditions de vie dans le Grand Sud.





