Rapport américain 2026 sur la traite des personnes : 169 victimes de travail forcé identifiées à Madagascar
Le rapport 2026 du Département d’État américain sur la traite des personnes fait état de 171 victimes identifiées par les autorités malgaches, dont 169 exploitées par le travail forcé. Si les poursuites contre les trafiquants progressent, les insuffisances dans la protection des victimes et les soupçons de complicité de responsables publics freinent toujours la lutte contre ce phénomène.
Des victimes de travail forcé
Sur les 171 victimes de traite des personnes recensées par les autorités malgaches au cours de la période couverte par le rapport 2026 du Département d’État américain, 169 ont été soumises au travail forcé. Il s’agissait de 111 femmes et de 58 hommes, tous adultes. Les deux autres victimes, également adultes, étaient des femmes exploitées à des fins sexuelles. Le nombre de victimes identifiées dépasse celui de la période précédente, durant laquelle 130 personnes avaient été recensées. Les autorités ont également orienté 33 victimes vers des services de prise en charge, contre 29 lors de la période précédente. Au total, 73 victimes ont bénéficié d’une assistance.
Ces données ne permettent toutefois pas de mesurer toute l’ampleur de la traite à Madagascar. Le rapport relève des difficultés dans la collecte des informations, certains ministères ne contribuant pas pleinement à la base de données nationale. Le manque de formation des agents et la complexité du système de suivi compliquent également le recensement des cas.
Des enfants exposés à plusieurs formes d’exploitation
La traite touche particulièrement les enfants issus des zones rurales et côtières, ainsi que les familles urbaines défavorisées. Selon le rapport, des mineurs malgaches sont exploités dans le travail domestique, les mines, la vente ambulante, l’agriculture, la confection textile, la mendicité et la pêche.
L’exploitation sexuelle constitue une autre menace, notamment sur Internet. Le Département d’État américain signale une augmentation de l’exploitation sexuelle en ligne des femmes et des enfants. Des touristes étrangers, souvent français selon le document, figurent parmi les personnes impliquées dans l’exploitation sexuelle commerciale de mineurs. Des parents encourageraient parfois leurs filles à fréquenter des touristes étrangers.
À l’étranger, des Malgaches sont également recrutés par l’intermédiaire des réseaux sociaux pour des emplois présentés comme des opportunités professionnelles. Certains se retrouvent contraints de participer à des opérations d’escroquerie en ligne après la confiscation de leurs passeports et sous la menace d’hommes armés. Des victimes malgaches ont notamment été identifiées à Oman, aux Émirats arabes unis et en Chine. Le phénomène concerne aussi des ressortissants étrangers exploités à Madagascar. Des opérateurs d’escroqueries en ligne présents dans le pays seraient impliqués dans le travail forcé de personnes originaires de plusieurs pays africains, du Pakistan, du Sri Lanka et de Chine.
Les poursuites et les condamnations en hausse
Les autorités malgaches ont renforcé leur action judiciaire contre les trafiquants. Au cours de la période étudiée, elles ont enquêté sur 53 affaires impliquant 107 suspects, contre 67 affaires précédemment. Elles ont engagé des poursuites contre 112 personnes, contre 16 lors de la période précédente, et condamné 23 trafiquants, contre 15 auparavant. Le rapport ne précise cependant pas les peines prononcées contre les personnes condamnées. Il relève également que des affaires de traite sont parfois poursuivies sous des qualifications moins graves, comme les abus sexuels, la maltraitance d’enfants ou le proxénétisme. Ces pratiques s’expliqueraient notamment par une connaissance insuffisante des infractions liées à la traite parmi les enquêteurs et les magistrats.
Par ailleurs, les lenteurs judiciaires et le manque d’accompagnement des victimes appelées à témoigner compliquent les procédures. Dans certains cas, des familles choisissent de régler les conflits par le « dina », le mécanisme traditionnel de résolution des différends, plutôt que de saisir la justice formelle. Un projet de modification de la loi contre la traite, élaboré avec la participation d’organisations non gouvernementales, a été adopté en Conseil des ministres. Il était encore en attente d’examen par le Parlement à la fin de la période couverte par le rapport.
Des dispositifs de protection encore insuffisants
Malgré les progrès enregistrés dans l’identification des victimes, leur prise en charge reste inégale. Le rapport souligne que les services disponibles demeurent limités, particulièrement en dehors de la capitale, où leur qualité varie. Le gouvernement a élaboré de nouvelles procédures pour identifier les victimes ainsi qu’un mécanisme national destiné à faciliter leur orientation vers les services appropriés. Leur mise en œuvre reste cependant incomplète, faute de formations prévues pour les agents concernés durant la période étudiée.
À Antananarivo, le centre Manjary Soa a accompagné 50 enfants retirés de situations d’exploitation. Les services proposés comprennent des repas quotidiens, une formation professionnelle et un accompagnement pour faciliter le retour à l’école. Le ministère chargé de la Population gère également un refuge temporaire destiné aux adultes et aux enfants vulnérables, dont les victimes de traite. La prise en charge s’étend aux victimes exploitées à l’étranger. A noter que le gouvernement a financé le rapatriement de dix victimes en provenance de Chine et coopéré avec le Cambodge, la Chine et les Émirats arabes unis pour organiser le retour de Malgaches exploités dans des opérations d’escroquerie en ligne au Cambodge.
Les soupçons de corruption persistent
La corruption demeure l’un des principaux obstacles à la lutte contre la traite. Le rapport indique qu’aucune enquête, poursuite ou condamnation de fonctionnaires soupçonnés de complicité dans des affaires de traite n’a été signalée pendant la période étudiée. Des observateurs rapportent que certains responsables auraient accepté des pots-de-vin pour délivrer de faux documents d’identité, notamment afin de faire passer des adolescentes pour des adultes et de faciliter leur exploitation sexuelle. Des responsables locaux seraient également impliqués dans l’exploitation sexuelle de mineurs, en tant que trafiquants ou clients.
Le rapport relève, par ailleurs, les limites des mesures encadrant le recrutement de travailleurs migrants. Malgré la suspension de l’agrément de nombreuses agences et les restrictions de départ vers certaines destinations considérées comme à risque, des intermédiaires continueraient à contourner les interdictions en faisant transiter les travailleurs par des pays tiers.
Madagascar reste au niveau 2 du classement américain
Dans son rapport 2026, le Département d’État maintient Madagascar au niveau 2. Cette catégorie concerne les pays dont les gouvernements ne respectent pas pleinement les normes minimales de lutte contre la traite, mais déploient des efforts significatifs pour y répondre. Le document reconnaît les progrès accomplis dans les poursuites judiciaires, l’identification des victimes et les campagnes de sensibilisation. Il estime néanmoins que les efforts restent insuffisants face à la traite des enfants, tandis que la protection des victimes et la lutte contre la corruption doivent encore être renforcées.





