Alphabétisation : à Madagascar, l’école peine encore à garantir les fondamentaux
À Madagascar, la Journée internationale de l’alphabétisation, célébrée ce 8 septembre, intervient dans un contexte éducatif préoccupant. Les dernières données disponibles montrent qu’une grande partie des enfants n’accède pas à l’école, tandis que beaucoup de ceux qui y sont scolarisés n’acquièrent pas les compétences fondamentales en lecture. Une situation qui pourrait, à terme, nourrir une rupture entre générations.
Parcours scolaire difficile
La scolarisation ne suffit plus à mesurer les progrès de l’alphabétisation à Madagascar. Les résultats de l’Enquête par Grappes à Indicateurs Multiples (MICS 2024-2025) montrent l’ampleur du problème : seuls 17,9 % des enfants âgés de 7 à 14 ans maîtrisent les compétences fondamentales associant fluidité de lecture et compréhension. La situation est encore plus préoccupante au primaire. Parmi les élèves qui fréquentent ce niveau, seuls 14,1 % atteignent le niveau attendu en lecture. Ces données mettent en évidence un problème qui dépasse la question de l’accès à l’école : une partie des enfants y est présente sans pour autant acquérir les savoirs indispensables pour poursuivre efficacement son parcours scolaire.
L’accès à l’éducation reste par ailleurs loin d’être universel. Au primaire, le taux net ajusté de fréquentation atteint 77,8 %, ce qui signifie que près d’un enfant sur cinq en âge de fréquenter ce niveau n’est pas scolarisé. Par ailleurs, le décrochage s’accentue avec l’âge. Au premier cycle du secondaire, la fréquentation tombe à 30,4 %, tandis que plus de trois enfants sur dix ne sont pas scolarisés. Au second cycle, seuls 15,2 % des adolescents fréquentent encore l’école. En milieu rural, cette proportion descend à 9,6 %. Cette sortie progressive du système scolaire réduit d’autant les possibilités pour les jeunes de consolider leurs compétences en lecture, en écriture et en calcul.
Des inégalités qui commencent avant l’école
La fracture éducative se construit très tôt. L’éducation de la petite enfance ne concerne que 29,4 % des enfants âgés de 36 à 59 mois. Les disparités sont importantes entre les villes et les campagnes : 48,9 % des enfants urbains bénéficient d’un enseignement préscolaire, contre 26,1 % en milieu rural. Le niveau de vie constitue également un facteur déterminant. La fréquentation du préscolaire est de 16,6 % chez les enfants des ménages les plus pauvres, contre 62,5 % chez ceux des ménages les plus aisés. Or, ces premières années jouent un rôle important dans la préparation aux apprentissages scolaires.
Les difficultés sont particulièrement marquées dans plusieurs régions du Sud et du Sud-Ouest. Dans l’Atsimo Andrefana, plus de la moitié des enfants en âge de fréquenter le primaire ne sont pas scolarisés. La maîtrise de la lecture y reste également faible, avec seulement 8,5 % des enfants de 7 à 14 ans atteignant les compétences fondamentales. Le constat est encore plus sévère dans l’Androy. Alors que 72,7 % des enfants fréquentent le primaire, seuls 1,3 % démontrent les compétences fondamentales en lecture. En Anosy, 36,8 % des enfants ne sont pas scolarisés au premier cycle du secondaire et seuls 7,2 % maîtrisent ces compétences.
À l’inverse, Analamanga affiche des niveaux de fréquentation scolaire supérieurs à 92 % au primaire et une maîtrise de la lecture sensiblement plus élevée. Le contraste souligne l’ampleur des disparités territoriales qui traversent le système éducatif.
Transmission d’une génération à l’autre
Les difficultés scolaires ne s’arrêtent pas aux portes de l’école. Elles peuvent se reproduire au sein des familles. Selon la MICS 7, 93,6 % des enfants dont la mère a atteint le secondaire fréquentent le primaire, contre 57,1 % lorsque la mère n’a reçu aucune instruction. Cette corrélation illustre le rôle déterminant de l’éducation des parents, notamment des mères, dans la scolarisation des enfants. Lorsque les compétences fondamentales ne sont pas acquises dans une génération, le risque est de voir les mêmes difficultés se prolonger dans la suivante.
À Madagascar, la Journée internationale de l’alphabétisation rappelle ainsi une réalité plus large : l’alphabétisation commence bien avant les programmes destinés aux adultes et dépend directement de la solidité du système éducatif. Garantir l’accès à l’école, lutter contre le décrochage et améliorer la qualité des apprentissages constituent désormais des enjeux indissociables. Sans un effort durable en faveur des enfants des zones rurales et des ménages les plus vulnérables, les écarts de compétences risquent de continuer à se creuser, avec des conséquences directes sur l’insertion des jeunes et sur le développement du pays.




