Restauration de la forêt de Madagascar : la nature pourrait faire mieux et coûter moins cher
Selon une étude scientifique publiée dans Nature Ecology & Evolution, Madagascar figure parmi les régions tropicales où la régénération naturelle des forêts pourrait offrir d’importants bénéfices. Cette approche, qui consiste à accompagner le retour spontané de la forêt plutôt qu’à planter systématiquement des arbres, présenterait des atouts à la fois pour la biodiversité, le stockage du carbone et la réduction des coûts de restauration.
Une méthode au moindre coût
Face à la dégradation des écosystèmes forestiers et à la nécessité de freiner le changement climatique, la régénération naturelle pourrait constituer une option particulièrement intéressante pour Madagascar. Une recherche menée par l’Université du Queensland et l’Université de Newcastle montre que cette méthode peut coûter jusqu’à 96 % moins cher que les programmes traditionnels de plantation d’arbres.
Contrairement aux opérations de reboisement nécessitant l’achat de semences, la production de plants, la mobilisation de main-d’œuvre et l’entretien des jeunes arbres, la régénération naturelle s’appuie sur la capacité des écosystèmes à se reconstruire. L’intervention humaine consiste notamment à limiter les espèces envahissantes et à protéger les zones concernées contre les incendies, le pâturage ou d’autres pressions.
Les chercheurs ont élaboré une carte mondiale afin d’identifier les zones où la régénération naturelle présente simultanément des avantages importants pour le carbone, la biodiversité et les coûts de restauration. Madagascar figure parmi ces « points chauds holistiques », aux côtés de l’Indonésie, des Philippines, du Mexique et de la Malaisie.
Davantage de carbone et de biodiversité
L’étude souligne plus particulièrement le potentiel de la région afrotropicale en matière de biodiversité. Madagascar, reconnu pour la richesse et l’endémisme de sa faune et de sa flore, pourrait ainsi tirer un avantage particulier d’une restauration permettant aux écosystèmes forestiers de retrouver progressivement leur structure naturelle.
Selon les chercheurs, une forêt issue de la régénération naturelle peut, dans certains cas, stocker davantage de carbone et abriter une biodiversité plus riche qu’une forêt créée uniquement par plantation. L’enjeu est considérable dans un contexte de recul des forêts tropicales. Entre 2000 et 2012, celles-ci ont perdu environ 2,3 millions de km² à l’échelle mondiale. Or, au-delà de leur rôle dans la préservation des espèces, les forêts constituent d’importants puits de carbone.
Pour les auteurs de l’étude, la régénération naturelle ne signifie toutefois pas l’absence totale d’intervention. Elle suppose une protection durable des espaces concernés afin de permettre à la forêt de repousser et de se maintenir. Alors que les États se sont engagés à restaurer les terres dégradées dans le cadre du Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal adopté en 2022, cette recherche apporte des éléments pour mieux orienter les investissements.




