Spoliation foncière - Des réseaux organisés derrière les ventes illégales de terrains
Derrière plusieurs conflits fonciers à Madagascar se trouvent des fraudes liées à des ventes illégales, de faux documents et des occupations contestées.
Fraude documentaire
Les litiges fonciers prennent une nouvelle dimension à Madagascar. Derrière plusieurs affaires d’occupation illégale de terrains apparaissent des réseaux organisés accusés de profiter des failles du système foncier. Faux documents, ventes illégales, spéculations et complicités présumées sont pointés du doigt dans plusieurs affaires. « Ces pratiques fragilisent les droits des propriétaires et créent des tensions dans la société » selon les autorités. Dans plusieurs régions, des intermédiaires, de faux vendeurs et des spéculateurs participeraient à des opérations de spoliation foncière. Leur méthode consiste souvent à falsifier des documents et à créer de fausses attestations. Ils utilisent aussi de faux mandats pour vendre des terrains qui ne leur appartiennent pas.
Ces pratiques touchent directement les citoyens qui pensent acheter une parcelle en toute confiance. Après avoir investi leurs économies dans une construction ou dans l’aménagement d’un terrain, certaines familles découvrent l’existence d’irrégularités dans les documents fournis par les vendeurs. Elles doivent alors faire face à des procédures judiciaires ou à la récupération des terrains. Selon les responsables, la priorité consiste à remonter l’origine de ces conflits et à identifier les personnes qui organisent les fraudes. Les occupations illégales représentent souvent la dernière étape d’un processus commencé plusieurs années auparavant, avec des ventes irrégulières et des documents falsifiés.
Des terrains au cœur des tensions
L’affaire de Tsarakofafa à Toamasina témoigne de cette situation. Dans cette zone concernée par le projet Port Sec III, la Société du Port à Gestion Autonome de Toamasina (SPAT) revendique des droits fonciers sur le site depuis plusieurs années. La libération des emprises s’appuie sur une décision de justice rendue en 2025. Cependant, plusieurs familles installées sur place expliquent avoir acheté leurs parcelles auprès de personnes qui auraient utilisé des documents contestables. Certaines pourraient ainsi compter parmi les victimes d’escroqueries foncières avant de se retrouver concernées par l’opération de libération du terrain. Environ 270 ménages figurent parmi les personnes touchées. Une partie a accepté la relocalisation proposée vers le Port Sec II, tandis que d’autres ont contesté les mesures annoncées.
À Antananarivo, la lutte contre les occupations irrégulières concerne aussi les espaces publics. La Commune urbaine d’Antananarivo a récemment procédé à la démolition de 11 boutiques installées sans autorisation aux abords de la Route Universitaire. Selon la municipalité, ces constructions empiétaient sur la chaussée et gênaient la circulation des piétons et des véhicules. Après plusieurs avertissements, les autorités ont scellé les lieux avant de lancer la démolition. Aucun des bâtiments concernés ne disposait d’un permis de construire légal. Face à la multiplication des conflits, le ministère de l’Aménagement du Territoire et des Services fonciers renforce les mesures de contrôle. Lors des assises régionales organisées à Analamanga, le ministre Lylison René de Roland a dénoncé l’existence de réseaux mafieux impliqués dans des opérations de spoliation foncière, parfois avec la complicité présumée de certaines personnes influentes.




