El Niño est de retour : quel impact pour Madagascar ?
L’Organisation météorologique mondiale tire la sonnette d’alarme. Le phénomène El Niño devrait revenir dans les prochains mois avec des conséquences potentiellement graves sur plusieurs régions du monde. Pour Madagascar, ce phénomène pourrait aggraver la sécheresse dans le Grand Sud, tandis que d’autres zones du pays pourraient subir des pluies extrêmes et des inondations.
Une alerte mondiale lancée par l’ONU
Le retour d’El Niño n’est désormais plus une simple hypothèse scientifique. L’Organisation météorologique mondiale (OMM) estime à 80 % la probabilité de voir ce phénomène climatique s’installer entre juin et août, avec un risque atteignant 90 % pour les mois suivants. Les Nations Unies parlent déjà d’une menace majeure pour les économies et les populations vulnérables. Selon le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, les données scientifiques sont aujourd’hui « sans équivoque ». La hausse anormale de la température des eaux dans l’océan Pacifique risque de provoquer des dérèglements climatiques à grande échelle. Températures plus élevées, perturbation des saisons de pluie, sécheresses ou encore inondations pourraient toucher plusieurs régions du globe.
Pour Madagascar, cette annonce ravive immédiatement les inquiétudes liées aux crises climatiques répétitives des dernières années. Le principal danger concerne le Grand Sud malgache. Les climatologues rappellent que les épisodes El Niño provoquent souvent un déficit important de précipitations en Afrique australe. Les régions de l’Androy, de l’Anosy et de l’Atsimo Andrefana figurent parmi les plus exposées. Dans ces zones déjà fragiles, un retard ou une absence de pluie peut rapidement avoir des conséquences dramatiques. Les cultures vivrières comme le maïs, le manioc ou le riz dépendent fortement des précipitations saisonnières. Lorsque les pluies ne viennent pas au bon moment, les récoltes échouent et les réserves alimentaires diminuent rapidement.
Des événements climatiques extrêmes
Le précédent épisode El Niño de 2023-2024 reste encore dans les mémoires. Plusieurs districts du Sud avaient subi une forte dégradation de la sécurité alimentaire. La sécheresse avait provoqué des pertes agricoles importantes, aggravant le phénomène du « kere » et entraînant une hausse des cas de malnutrition chez les enfants. Aujourd’hui, les observateurs redoutent un nouveau choc humanitaire si les conditions climatiques venaient à se détériorer dans les prochains mois.
Mais les conséquences d’El Niño à Madagascar ne se limitent pas à la sécheresse. Le phénomène peut également accentuer les événements climatiques extrêmes dans certaines régions du pays. Le Nord et la côte Est pourraient notamment être confrontés à des pluies violentes et à des inondations importantes. Même si le nombre de cyclones peut diminuer durant les périodes El Niño, les phénomènes météorologiques qui se forment gagnent souvent en intensité à cause du réchauffement des océans.
L’anticipation au cœur de la réponse
Cette alternance entre sécheresse sévère et fortes pluies crée une situation particulièrement difficile à gérer pour les populations. Les dégâts sur les infrastructures, les déplacements de population et les risques sanitaires deviennent alors plus importants. Les autorités sanitaires redoutent notamment une recrudescence des maladies liées aux eaux stagnantes, comme le paludisme.
Face à cette menace, les Nations Unies insistent sur l’importance des systèmes d’alerte précoce. Pour l’OMM, disposer rapidement d’informations climatiques fiables permettrait de mieux protéger les populations et de réduire les pertes économiques. Les agences humanitaires soulignent qu’une action préventive coûte beaucoup moins cher qu’une intervention d’urgence après une catastrophe. L’approvisionnement en eau, la distribution de semences résistantes à la sécheresse ou encore le renforcement des dispositifs sanitaires figurent parmi les mesures jugées prioritaires. À Madagascar, où une grande partie de la population dépend directement de l’agriculture, la capacité d’anticipation des autorités et des partenaires humanitaires sera déterminante. Avec le retour annoncé d’El Niño, le pays se prépare une nouvelle fois à affronter une période climatique particulièrement incertaine.




