• Cours de change
  • 4 399,93 AR
  • |
  • $3 987,83 AR
Copyright Image : © Unicef
Image
Nationale

58 % des Malgaches privés d’eau potable : les données au cœur des décisions d’investissement

13/05/2026 16:16 © Moov.Mg

Face à l’ampleur des difficultés d’accès à l’eau potable, à l’assainissement et à l’hygiène (EAH) à Madagascar, le gouvernement veut changer de méthode. Réunis ce mercredi 13 mai 2026 à Alarobia Antananarivo, les responsables du secteur EAH et leurs partenaires ont insisté sur l’importance d’utiliser des données fiables pour mieux planifier les investissements et répondre aux besoins des populations les plus vulnérables. L’objectif est d’éviter les financements dispersés et accélérer l’amélioration des services WASH dans le pays.

Problème d’accès à l’eau, l’assainissement et l’hygiène

Le constat dressé lors de l’atelier national sur la planification et l’investissement fondés sur les données dans le secteur de l’Eau, de l’Assainissement et de l’Hygiène (EAH) reste préoccupant. Malgré les efforts engagés depuis plusieurs années, une grande partie de la population malgache n’a toujours pas accès à des services essentiels. Organisé par le ministère de l’Eau, de l’Assainissement et de l’Hygiène, avec l’appui de l’UNICEF, de la Banque mondiale et du Royaume-Uni, l’événement a réuni une centaine de participants issus des institutions publiques, des partenaires techniques et financiers, des organisations de la société civile ainsi que du secteur privé.

Les données présentées au cours des échanges montrent l’ampleur des défis. Selon les chiffres issus de l’enquête MICS 2024-2025, 58 % des Malgaches n’ont pas accès à des services d’eau potable. La situation est encore plus critique dans le domaine de l’assainissement puisque 93 % des ménages ne disposent pas de services sanitaires de base. Environ 40 % de la population pratique encore la défécation à l’air libre. Dans le Grand Sud, région particulièrement touchée par la sécheresse et les effets du changement climatique, seulement 27 % de la population a accès à des sources d’eau améliorées.

Amélioration de l’efficacité des dépenses publiques

Pour les autorités et les partenaires, ces statistiques montrent qu’il ne suffit plus d’augmenter les financements. Les investissements doivent désormais être mieux orientés afin de produire des résultats concrets sur le terrain. La ministre de l’Eau, de l’Assainissement et de l’Hygiène, Dr Anjaratiana Elia Razafindrianiaina, a expliqué que Madagascar entre aujourd’hui dans une nouvelle phase de réforme du secteur. Selon elle, l’adoption récente de la politique nationale de l’eau et les réformes juridiques en cours doivent permettre d’améliorer la gouvernance et la gestion des investissements. La ministre estime que la planification basée sur les données représente un changement important dans la manière de gérer le secteur. « Nous devons passer d’une planification approximative à une planification fondée sur des preuves », a-t-elle déclaré devant les participants.

L’objectif est de mieux identifier les zones prioritaires, les populations les plus vulnérables et les infrastructures les plus urgentes à financer. Pour le gouvernement, les données doivent devenir un outil stratégique pour améliorer l’efficacité des dépenses publiques et des financements extérieurs.


Copyright Image : © Moov

Des conséquences directes sur les enfants

Lors de son intervention, la représentante résidente de l’UNICEF à Madagascar, Christine Jaulmes, a rappelé que derrière les statistiques se trouvent des réalités difficiles vécues chaque jour par les familles malgaches. Elle a évoqué les longues distances parcourues par les femmes et les enfants pour aller chercher de l’eau, les écoles qui ne disposent pas d’installations sanitaires adéquates ainsi que les centres de santé dépourvus de services essentiels. Selon les données présentées durant l’atelier, les femmes et les jeunes filles assurent 79 % des activités de collecte d’eau dans le pays. Certaines parcourent chaque jour entre trois et dix kilomètres pour trouver de l’eau.

Pour l’UNICEF, le manque d’accès à l’eau potable et à l’assainissement a des conséquences directes sur la santé des enfants. Les maladies diarrhéiques, les infections et la malnutrition restent fortement liées aux mauvaises conditions d’hygiène. Dans une interview accordée à la presse, Christine Jaulmes a indiqué que les résultats de l’enquête MICS 2025 restent inquiétants. Selon cette enquête, seulement 39 % de la population bénéficie réellement d’un accès à l’eau selon les normes internationales, notamment lorsque le point d’eau se trouve à moins de trente minutes du ménage. Elle a également précisé que seulement 7 % de la population dispose d’un assainissement de base.


Copyright Image : © Moov

Mieux coordonner les financements

Les participants à l’atelier ont aussi insisté sur la nécessité d’améliorer la coordination entre les différents acteurs du secteur WASH. Actuellement, les investissements dans le secteur sont estimés à environ 200 millions de dollars par an. Un montant jugé encore insuffisant face aux besoins du pays. Pour les partenaires techniques et financiers, le principal défi consiste désormais à éviter la dispersion des financements et à garantir des investissements cohérents avec les priorités nationales.

Le représentant de la Banque mondiale a notamment mis en avant l’importance des schémas directeurs dans la planification des projets. Il a rappelé que le gouvernement a récemment adopté les conclusions du schéma directeur du Grand Tanà, élaboré dans le cadre du projet PAEP. Ce document fixe les grandes orientations des investissements dans le secteur de l’eau dans l’agglomération d’Antananarivo jusqu’en 2050. Selon lui, cette feuille de route permettra d’éviter les investissements improvisés et de donner une vision claire du développement du secteur sur le long terme. La Banque mondiale prévoit également de soutenir la mise en place de schémas directeurs similaires à Fort-Dauphin et Tuléar.

Transformer les données en actions concrètes

Au terme des échanges, un message commun est ressorti : Madagascar dispose désormais des outils et des données nécessaires pour mieux planifier le développement du secteur EAH. Les responsables présents ont toutefois reconnu que les résultats dépendront de la capacité des acteurs à transformer ces informations en actions concrètes sur le terrain.

Pour le gouvernement, l’amélioration de l’accès à l’eau potable, à l’assainissement et à l’hygiène reste une priorité nationale. Les autorités souhaitent accélérer la réhabilitation des infrastructures hydrauliques, développer des solutions adaptées aux réalités locales et renforcer la résilience des communautés face aux crises climatiques et sanitaires. Les partenaires du secteur espèrent désormais que cette approche fondée sur les données permettra d’inverser progressivement la tendance et d’améliorer durablement les conditions de vie des populations malgaches, en particulier celles des enfants et des ménages les plus vulnérables.



Lire la suite

Articles Similaires