Projet DECIM : l’énergie solaire et le numérique au secours de l’université de Toamasina
Après le passage dévastateur du cyclone Gezani, l’Université publique de Barikadimy à Toamasina a frôlé l’arrêt total de ses activités. Grâce au projet DECIM, une réponse rapide combinant énergie solaire et connectivité numérique a permis de relancer l’enseignement et de reconnecter des milliers d’étudiants.
Un campus dévasté, l’enseignement à l’arrêt
Le 11 février 2026, au lendemain du cyclone Gezani, les étudiants découvrent un campus méconnaissable. Toitures arrachées, salles de classe inondées, équipements endommagés : entre 80 et 90 % des infrastructures de l’Université de Barikadimy ont été détruites. L’électricité est coupée, l’accès à Internet inexistant, et les espaces d’apprentissage sont devenus inutilisables. Du jour au lendemain, toute activité académique est suspendue. Dans cette région déjà fragile, la situation aggrave des difficultés préexistantes. Avant même la catastrophe, de nombreux étudiants dépendaient de la bibliothèque universitaire pour accéder à Internet. Après le cyclone, cette ressource disparaît, contraignant les étudiants à parcourir de longues distances et à supporter des coûts souvent prohibitifs pour rester connectés.
Face à l’ampleur des dégâts, une priorité s’impose : assurer la continuité de l’éducation. Au-delà de l’urgence humanitaire, il s’agit de préserver le capital humain et les perspectives d’avenir des jeunes. Maintenir l’apprentissage devient ainsi un enjeu clé pour soutenir l’employabilité future et éviter une rupture durable dans les parcours académiques.
Installation d’électricité et de connexion Internet
En quatre semaines, une solution innovante voit le jour. Quatre pôles numériques solaires sont installés à proximité des lieux de vie des étudiants. Résistants aux aléas climatiques, ces espaces offrent à la fois de l’électricité, une connexion Internet fiable et des environnements de travail sécurisés. Chaque pôle est équipé de 25 ordinateurs connectés, d’un Wi-Fi gratuit à haut débit et d’espaces collaboratifs. Même en cas de coupure du réseau principal, les installations continuent de fonctionner grâce à l’énergie solaire. Cette approche intégrée permet de rétablir rapidement les services essentiels tout en posant les bases d’un système éducatif plus résilient.
Mis en œuvre dans le cadre du projet DECIM (Digital and Energy Connectivity for Inclusion in Madagascar), avec l’appui de la Banque mondiale et en partenariat avec le ministère du Développement numérique, des Postes et des Télécommunications, ainsi que l’Université de Toamasina, ce dispositif illustre une nouvelle manière de répondre aux crises.
Des milliers d’étudiants reconnectés
Dès mars 2026, les premiers résultats sont visibles. Un hotspot Wi-Fi installé à la bibliothèque permet jusqu’à 1 000 connexions simultanées dans un rayon de 100 mètres, tandis que jusqu’à 5 000 étudiants peuvent se reconnecter quotidiennement. Une station de recharge permet également d’alimenter téléphones et ordinateurs, un service crucial dans un contexte de coupures prolongées. En parallèle, plus de 3 300 smartphones accompagnés de kits solaires individuels sont distribués, dont 2 500 aux étudiants et 815 aux enseignants et au personnel administratif. Chaque appareil est doté d’une carte SIM 4G gratuite valable six mois, facilitant l’accès aux ressources pédagogiques, même à distance.
Progressivement, les cours reprennent. L’université s’oriente vers un modèle hybride, combinant présentiel et enseignement en ligne, afin de mieux faire face aux crises futures. Pour les enseignants, ces outils permettent de renouer avec la recherche et l’encadrement pédagogique. Ce qui était une réponse d’urgence devient ainsi un levier de transformation durable. En associant énergie propre et connectivité numérique, le projet DECIM ouvre la voie à un modèle reproductible ailleurs dans le pays. À Toamasina, le choc du cyclone Gezani aura finalement marqué un tournant : celui d’une université plus connectée, plus résiliente et tournée vers l’avenir.




