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Rapport 2025 de l’ONU à Madagascar : 212 millions de dollars investis mais l’ombre de la pauvreté persiste

22/04/2026 13:09 © Moov.Mg

Le Système des Nations Unies (SNU) a présenté ce mercredi 22 avril 2026 son bilan pour l’année 2025. Si 212 millions de dollars ont été investis pour transformer le quotidien des Malgaches, à travers quatre priorités stratégiques, le constat reste lucide : malgré des réussites indéniables dans l’éducation, la santé ou la gouvernance, la Grande Île demeure corsetée par une précarité qui freine son envol.

Ce mercredi à Andraharo, les 20 agences onusiennes présentes à Madagascar ont rendu leur verdict sur l’année écoulée. En 2025, dans un contexte de crises sociopolitiques et de chocs climatiques répétés, l’ONU a « tenu le cap ». Les chiffres présentés sont impressionnants : 1,75 million de filles vaccinées contre le HPV, 450 000 personnes vulnérables soutenues par des programmes de nutrition, ou encore 75 000 citoyens ayant accédé à la justice.

Pourtant, derrière cette vitrine de réussites sectorielles, la réalité macroéconomique du pays rappelle l’ampleur du défi. Comme l’a souligné avec franchise le Dr Edward Christow, représentant résident du PNUD à Madagascar : « Madagascar fait face à une réalité exigeante, une pression immense mais des opportunités historiques (…) La grande question est : est-ce que ce que nous faisons change vraiment la vie des Malgaches ? La réponse est : oui mais pas assez. »

Pauvreté monétaire

La priorité stratégique n°2, consacrée au capital humain, a capté la plus grosse part des ressources (136 millions USD mobilisés). Les victoires sont tangibles, notamment la fin officielle de l’épidémie de poliomyélite dans le pays. L’éducation n’est pas en reste avec 350 000 jeunes ayant accédé à des programmes de développement de compétences. Cependant, les indicateurs de base du rapport tempèrent l’enthousiasme. Aujourd'hui, 77 % de la population vit encore sous le seuil de la pauvreté monétaire, et plus de la moitié (53,3 %) subit l’extrême pauvreté. Dans les zones rurales, où vivent trois Malgaches sur quatre, l'accès aux services de base reste un luxe : seuls 39,3 % des ménages disposent d’un approvisionnement en eau potable.

Productivité informelle et déforestation

Sur le plan de la productivité (Priorité 3), l’ONU a soutenu 1 500 PME et aidé 6 000 jeunes à trouver un emploi ou à entreprendre. Mais face à une population dont 51,7 % a moins de 20 ans, ces efforts ressemblent parfois à une goutte d’eau dans un océan de besoins. Le secteur informel, qui absorbe 95,2 % des travailleurs, reste la norme, privant la majorité des actifs de protection sociale et de revenus stables.

Côté environnement (Priorité 4), le bilan 2025 affiche 156 484 hectares de zones terrestres sous gestion améliorée et 6 144 hectares de forêts restaurées. Pourtant, le pays continue de perdre 200 000 hectares de forêts naturelles chaque année. La pauvreté est ici le premier moteur de la déforestation : 7 ménages sur 10 n’ont d’autre choix que d’utiliser le bois de chauffage comme unique combustible.

« Le progrès doit être plus rapide »

La gouvernance et l’état de droit (Priorité 1) ont également progressé, avec 18 ministères désormais dotés de systèmes de suivi-évaluation. Dans le Grand Sud, 10 300 actes de naissance ont été délivrés, offrant une existence légale à des milliers d'oubliés. Mais là encore, l'insécurité alimentaire touche toujours 55,3 % de la population, prouvant que les réformes institutionnelles peinent encore à se traduire en nourriture dans l’assiette du citoyen lambda.

Le Dr Edward Christow a résumé ce sentiment d’urgence qui prévaut au sein du Système des Nations Unies : « Madagascar n'est pas condamné mais le progrès doit être plus rapide. » Si le Plan-cadre de coopération 2024-2028 est en marche, avec déjà 51 % des 1,5 milliard de dollars nécessaires mobilisés, la course contre la montre est engagée. Pour les Nations Unies, l'enjeu de 2026 sera de transformer ces « réalisations notables » en un changement systémique capable de briser le cycle de la pauvreté. Car si l’aide internationale panse les plaies, seul un développement inclusif et une accélération de la croissance permettront aux Malgaches de ne plus simplement « survivre », mais de prospérer.

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