Parc national de Masoala : La justice environnementale au service de la biodiversité et des communautés
Le projet Madagascar Solutionscape, mis en œuvre à proximité du Parc national de Masoala, dans le nord-est de Madagascar, entend répondre à une double urgence : protéger l’une des forêts les plus riches de la planète tout en sécurisant les revenus des communautés riveraines. Au cœur de l’initiative, la promotion d’une justice environnementale qui lie conservation, accès équitable aux terres et développement économique local.
Le projet Madagascar Solutionscape est déployé sur une péninsule boisée et enclavée du nord-est de la Grande Île. Il couvre une vallée qui s’étend de l’océan jusqu’aux zones montagneuses, englobant cinq villages confrontés à une déforestation marquée. En effet, le parc national de Masoala concentre des enjeux écologiques majeurs. Sa richesse naturelle est confrontée à une perte rapide de couverture forestière. La pression sur les ressources forestières fragilise directement l’intégrité du parc national et de ses zones périphériques.
Pauvreté, enclavement et insécurité foncière
Autour du parc, les réalités sociales sont particulièrement difficiles. Les communautés locales figurent parmi les plus vulnérables du pays. L’isolement géographique limite l’accès aux services publics essentiels, notamment l’éducation et la santé. Les infrastructures demeurent insuffisantes et l’accès aux marchés reste complexe. Dans les zones tampons des aires protégées, l’accès à la terre est souvent inégal et juridiquement incertain. Les jeunes générations peinent à trouver des perspectives économiques stables. En l’absence de sécurité foncière claire ou de mécanismes de compensation pour la conservation des forêts, de nombreux ménages se tournent vers des pratiques de survie.
L’agriculture itinérante sur brûlis pour la riziculture pluviale reste répandue, tout comme le développement de cultures de rente telles que la vanille et le giroflier. Ces dynamiques traduisent un cercle vicieux : la précarité économique alimente la déforestation, laquelle compromet à son tour les ressources naturelles dont dépendent les populations. Dans un contexte aussi complexe, protéger l’environnement sans prendre en compte les besoins économiques des habitants s’avère insuffisant. C’est précisément ce constat qui fonde l’approche du projet Madagascar Solutionscape.
Conservation et développement
Le programme adopte une approche systémique visant à faire converger conservation et développement. Il promeut la justice environnementale, entendue comme un partage plus équitable des coûts et des bénéfices liés à la protection de la nature. Concrètement, les actions portent d’abord sur l’amélioration de la gouvernance foncière. L’objectif est de sécuriser l’accès à la terre pour les communautés locales, afin de réduire les conflits d’usage et d’encourager des pratiques agricoles durables. Le projet mise également sur le renforcement des opportunités de revenus, tant agricoles que non agricoles. Il s’agit de consolider les chaînes de valeur pour des produits et services clés, tout en veillant à ce que les bénéfices profitent davantage aux populations locales.
La diversification économique constitue un autre axe central. Conscient des limites d’une bioéconomie dans une vallée isolée, le programme soutient des initiatives comme la production de soie et l’amélioration de la connectivité numérique. Le désenclavement numérique est perçu comme un levier pour stimuler l’économie locale, faciliter l’accès à l’information et ouvrir de nouveaux débouchés.
Coopération scientifique malgacho-suisse
Sur le terrain, la mise en œuvre est assurée par l’Initiative Full Circle, un programme de recherche et d’action lancé en 2022 sous l’égide de l’Académie Wyss pour la Nature. Cette fondation suisse a été créée en 2020 par la Fondation Wyss, le canton de Berne et l’Université de Berne. À Madagascar, l’initiative collabore étroitement avec le Laboratoire de recherche appliquée du Département des eaux et des forêts de l’Université d’Antananarivo. Ce partenariat s’inscrit dans une tradition de coopération scientifique entre institutions malgaches et suisses. Principalement financée par la Fondation Wyss, avec un appui complémentaire de l’entreprise suisse spécialisée dans le commerce de pierres précieuses Aline GmbH, l’équipe travaille directement avec les communautés locales, les chercheurs et les praticiens. Les solutions sont co-développées et mises en œuvre de manière participative.




