Atsinanana : après le cyclone Gezani, l’eau potable contaminée menace la santé des sinistrés
Après le passage du cyclone Gezani, la région Atsinanana fait face à une crise silencieuse mais préoccupante : la contamination de plusieurs sources d’eau. Entre dégâts industriels, débris charriés par les crues et destruction des infrastructures hydrauliques, l’accès à l’eau potable reste gravement compromis, notamment dans le district de Toamasina II.
Eaux souillées, danger post-cyclonique
Le bilan humain du cyclone Gezani est déjà alarmant : près de 500 000 sinistrés à l’échelle nationale, dont 382 000 nécessitent une assistance humanitaire d’urgence. Dans la région Atsinanana, les districts de Toamasina I et II figurent parmi les plus touchés, à l’image de la commune de Fanandrana. Au-delà des habitations détruites et des routes impraticables, ce sont surtout les infrastructures vitales qui ont été sévèrement affectées. Les systèmes d’adduction d’eau ont été arrachés, les pompes manuelles endommagées, et plusieurs points d’eau rendus inutilisables. Dans certaines localités, l’accès à l’eau potable est devenu extrêmement difficile, voire impossible.
La situation est aggravée par la contamination de plusieurs sources d’eau. Selon les informations communiquées par l’ONG Action contre la Faim (ACF), les inondations ont entraîné des pollutions liées à des dommages industriels ainsi que l’accumulation de débris transportés par les crues. Dans le district de Toamasina II, des puits et des sources naturelles ont été souillés par les eaux boueuses chargées de détritus. Cette contamination expose directement les populations à des risques sanitaires importants, notamment des maladies hydriques comme les diarrhées aiguës. Faute d’alternative, certaines familles sont contraintes d’utiliser l’eau des rivières ou de puits non traités, une pratique qui accroît le danger dans un contexte post-cyclonique déjà fragile.
Réduction des points d’approvisionnement
À Ampasimbola, village de la commune de Fanandrana, les conséquences sont concrètes. Le village comptait au moins 200 foyers. Pourtant, il ne reste aujourd’hui que deux pompes manuelles fonctionnelles, situées à l’extérieur du village. Avant le cyclone, la population disposait de plusieurs points d’eau, mais le vent et l’accumulation de débris les ont emportés. La réduction drastique des points d’approvisionnement crée une forte pression sur les installations encore en état de marche. Les files d’attente s’allongent et la quantité d’eau disponible par ménage reste insuffisante pour couvrir l’ensemble des besoins quotidiens.
Face à l’urgence, Action contre la Faim, avec le soutien financier de l’Union européenne, a déployé des dispositifs de traitement de l’eau dans les zones sinistrées. Une station de potabilisation a notamment été installée dans le fokontany de Tananambo, toujours dans la commune de Fanandrana. Cette unité permet de traiter jusqu’à 20 mètres cubes d’eau par jour à partir de sources locales, rendant l’eau propre à la consommation. Les distributions sont organisées quatre fois par semaine. Chaque ménage peut recevoir jusqu’à 40 litres d’eau traitée par jour. Deux semaines après le passage du cyclone, trois sites stratégiques sont déjà opérationnels, avec une capacité suffisante pour approvisionner près de 3 000 ménages.
Des solutions mobiles pour les villages isolés
Dans les localités où les infrastructures sont totalement hors service, un système de camion-citerne a été mis en place. Ce dispositif mobile permet d’acheminer de l’eau potable vers les villages les plus enclavés, limitant ainsi le recours à des sources contaminées. Au-delà de la réponse d’urgence, les équipes humanitaires travaillent également à la réhabilitation durable des points d’eau et à la désinfection des puits souillés. Des aides financières et des kits de première nécessité sont par ailleurs distribués afin d’accompagner les familles dans la reconstruction de leurs habitations et la reprise de leurs activités.
Ainsi, la crise de l’eau demeure un enjeu central dans la région Atsinanana. La sécurisation des sources et la remise en état des infrastructures hydrauliques apparaissent aujourd’hui comme des priorités absolues pour éviter une dégradation supplémentaire de la situation sanitaire.




