Vous êtes ici

14-01-2022 par L'Express de Madagascar

Les deux présumés trafiquants arrêtés aux Comores sont extradés. Tous s’attendent à ce que cette extradition permette de démanteler les réseaux de contrebandiers et de déterminer l’or réel toujours stocké dans les coffres de la Banque centrale comorienne.



C’est fait. La mission conduite par Herilaza Imbiky, ministre de la Justice, est parvenue à convaincre les autorités comoriennes d’extrader Faizara Pacheco Azali et Stenny Andrianantenai­nambinitsoa, les deux Malgaches arrêtés avec une cargaison de 49 kilos d’or, qui au final serait de 50 kilos, à l’aéroport de Moroni, le 28 décembre.

L’acte d’extradition a été signé dans la nuit de mercredi. Hier matin donc, les deux Malgaches accusés de transport de marchandise non déclaré, de contrebande et de corruption active, par les autorités comoriennes ont été embarqués, cagoulés, à bord d’un avion à destination d’Antananarivo. La délégation de négociateurs malgaches, accompagnée des deux présumés trafiquants, ont atterri à l’aéroport d’Ivato, vers 8 heures 30 minutes. Jusqu’à l’heure, aucune déclaration officielle n’a été faite par l’équipe conduite par le ministre Imbiky, depuis leur arrivée.

Les informations venant des Comores indiquent que la partie n’était pas gagnée d’avance. Un courant de juristes et de décideurs était défavorable à l’extradition. La décision a été prise in-extrémis, de prime abord. Pour la partie malgache, être parvenu à ramener au pays les deux présumés trafiquants d’or, afin qu’ils y soient jugés est une victoire en demie teinte. Les vingt-huit lingots sont, en effet, toujours stockés dans les coffres de la Banque centrale de l’archipel.

Les autorités comoriennes n’ont pas accédé au rapatriement de l’or voulu par la Grande île. La raison est que les présumés contrebandiers ont présenté une facture d’une société dénommée Mali Metal SARL, à l’endroit de Parpia gold and jewels trading LLC. Un document pour dire que l’or vient du Mali. Madagascar affirme, cependant, que les métaux précieux sont d’origine malgache.

Une fois de plus, de l’or exporté illicitement de la Grande île et saisi à l’étranger n’est pas rapatrié. Du moins, pas encore. C’est déjà le cas pour les 73,5 kilos d’or saisis en Afrique du Sud, le 31 décembre 2020, et les 23,5 ki­los de métaux précieux saisis aux Seychelles, en octobre dernier.

Le fait que des documents censés indiquer l’origine des métaux précieux aient été présentés par les présumés contrebandiers complique les opérations de rapatriement. Pour ces deux affaires, les autorités malgaches ont déjà officiellement affirmé qu’il s’agit de faux documents, mais rien n’y fait.

Les autorités malgaches motivent les demandes d’extradition des présumés trafiquants d’or arrêtés en Afrique du Sud, le 31 décembre 2020, et récemment aux Comores, le 28 décembre dernier, afin de faire avancer l’instruction diligentée par le Pôle anti-corruption (PAC). Maintenant que Faizara Pacheco Azali et Stenny Andrianantenainam­binitsoa sont de retour au pays, tous attendent maintenant une avancée conséquente de l’enquête et surtout, des résultats probants.

À peine ont-ils débarqué à l’aéroport d’Ivato, que les deux présumés trafiquants d’or ont été conduits à la section de recherche criminelle de la gendarmerie nationale, à Fiadanana. « Ils y seront enquêtés avant d’être présentés devant le Pôle anti-corruption », confie une source avisée. Les observateurs s’attendent à ce que les actes s’accordent aux discours politiques. Que les efforts déployés pour extrader les deux personnes arrêtées aux Comores permettent de remonter jusqu’au big boss, et de démanteler le réseau de contrebandiers d’or.

Rapportant certains points de l’enquête préliminaire menée par la gendarmerie comorienne, la presse de l’archipel a indiqué que Faizara Pacheco Azali serait les yeux et les oreilles du big boss du réseau, basé à Madagascar. Plusieurs points amènent à penser que ce réseau a, également, été aux manettes de la tentative d’exportation illicite déjouée à Johannesburg en décembre 2020. Les deux Malgaches arrêtés aux Comores sont déjà recherchés depuis un an dans le cadre de l’enquête sur les 73,5 kilos d’or.

Tout comme à l’aéroport de Moroni dernièrement, les porteurs de la cargaison de métaux précieux ont, aussi, présenté une facture estompée par une société malienne, aux autorités aéroportuaires de Johannesburg. Ces facteurs sont au profit de la société Parpia Glod, qui serait sise à Dubaï. L’entreprise a même revendiqué la propriété des 73,5 kilos d’or devant la justice sud-africaine. Cinq autres personnes sont toujours recherchées dans le cadre de l’affaire Afrique du Sud.

De sources avisées, un troisième ressortissant malga­che, également, recherché dans l’affaire des 73,5 kilos d’or, est aussi cité dans l’affaire Comores. Officiellement introuvable, il aurait déjà été interpellé aux Comores, le 10 septembre 2012, en possession de 14 kilos d’or. Le réseau de trafiquants dont feraient partie Faizara Pacheco Azali et Stenny Andrianan­tenainambinitsoa est, visiblement, tentaculaire et influent, avec un mode opératoire bien rodé. Un système illégal qui leur a permis de s’adonner à des activités illicites en toute impunité, bien qu’étant sous la coupe d’un avis de recherche.

Officiellement, Madagas­car a suspendu l’exportation de son or depuis sep­tembre 2020. Pourtant, les affaires d’or saisi à l’étranger s’enchaînent. Le procureur de Moroni a même révélé qu’entre septembre et octobre 2021, onze opérations illicites, sont parties de la Grande île. Jusqu’ici, le rapatriement des lingots d’or éparpillés à l’étran­ger est incertain. Les autorités pourraient, au moins, profiter de cette extradition pour démanteler le ou les réseaux de trafiquants qui saignent à blanc le pays et mettre un terme à l’impunité.