Tsitakakantsa s’éteint : les explications scientifiques d’un effondrement sans retour
Déjà annoncé comme mourant il y a quelques jours, le célèbre baobab Tsitakakantsa, dans le district de Morombe, suscite une vive émotion à Madagascar et au-delà. Mais pourquoi ce géant végétal vieux de près de 900 ans est-il aujourd’hui condamné ? Le naturaliste Cyrille Cornu livre des explications scientifiques sur ce processus irréversible.
Inondations provoquées par la tempête Jude
Pour Cyrille Cornu, le déclin de Tsitakakantsa remonte à mars 2025, après le passage de la tempête tropicale Jude dans le sud-ouest de Madagascar. Les fortes pluies et les inondations provoquées par ce phénomène climatique auraient profondément fragilisé le plus gros baobab jamais mesuré dans le pays. Selon le chercheur, l’eau se serait infiltrée à l’intérieur du tronc à travers une ouverture située au sommet de l’arbre. Or, contrairement aux arbres classiques, les baobabs possèdent une structure interne composée de fibres vivantes jusque dans leur cœur. Cette particularité les rend particulièrement vulnérables lorsque de l’eau stagne longtemps à l’intérieur du tronc.
Le naturaliste explique ainsi que cette accumulation d’eau aurait provoqué une pourriture interne progressive. La structure solide du baobab se serait peu à peu transformée en une masse instable incapable de supporter le poids gigantesque de l’arbre.
Un arbre vieux de neuf siècles
Les inquiétudes se sont renforcées récemment, après la chute d’une branche principale de Tsitakakantsa. Pour les spécialistes des baobabs anciens, ce type d’effondrement constitue un signe très caractéristique d’une mort imminente. « Les baobabs ne meurent pas d’un coup », rappelle Cyrille Cornu. « Ils se fragmentent progressivement avant de retourner à la terre. » Les informations recueillies par son assistant Wilfred Ramahafaly auprès du chef du village d’Andombiry ont confirmé cette dégradation rapide du monument végétal. Désormais, les fibres internes affaiblies ne seraient plus capables de maintenir l’équilibre structurel du géant. Pour le scientifique, Tsitakakantsa serait ainsi entré dans une phase irréversible d’effondrement. D’ici deux à trois ans, il pourrait ne plus rester aucune trace de ce colosse millénaire.
L’émotion provoquée par cette disparition annoncée s’explique aussi par l’âge exceptionnel de Tsitakakantsa. Le baobab aurait environ 900 ans, selon une datation au radiocarbone réalisée par Adrian Patrut, considéré comme l’un des plus grands spécialistes mondiaux des vieux baobabs.
Une extinction imminente
Pendant des siècles, cet arbre monumental a résisté aux sécheresses, aux cyclones et aux transformations de son environnement. Mais la combinaison entre vieillissement naturel, vulnérabilité structurelle et événements climatiques extrêmes semble aujourd’hui avoir eu raison de lui. D’après Cyrille Cornu, le point de non-retour biologique aurait même été atteint dès octobre 2025. Aucune intervention humaine ne pourrait désormais stopper le processus en cours. Face à cette extinction imminente, le rôle des scientifiques n’est plus de sauver Tsitakakantsa, mais de documenter précisément les causes de sa disparition. Pour les chercheurs, comprendre ce phénomène pourrait permettre de mieux protéger les autres grands baobabs encore debout à Madagascar.
Le naturaliste estime également qu’il est essentiel de conserver la mémoire de cet arbre exceptionnel, devenu un symbole du patrimoine naturel malgache. La forte émotion suscitée sur les réseaux sociaux après ses premières publications montre, selon lui, l’attachement profond des Malgaches et de la communauté internationale envers ce géant végétal.




